Travaillant régulièrement avec des personnes qui ont perdu un être cher, une relation importante, une partie de leur vie… la notion de date est régulièrement présente dans les séances et dans le processus de cicatrisation. Cela ne peut sembler être que des chiffres, des mois, des années qui passent. Et pourtant, les dates ont leur importance et peuvent représenter des obstacles douloureux, des balises, des repères, un champ de tension dans un processus de deuil.
Il y a ces dates qui empaillettent le cœur (du verbe empailletter, oui oui ✨).
Il y a celles qui déchirent, qui tirent une larme.
Il y a ces dates qu’on n’oublie pas. Qu’on n’oubliera jamais.
« Faudrait passer à autre chose, ça fait 19 ans. »
Se souvenir ne veut pas dire que la plaie n’a pas cicatrisé. Se souvenir peut représenter une manière d’honorer l’événement, parce qu’il a eu son importance dans notre trajectoire.
L’humain a besoin de repères et s’en crée sans arrêt. Les dates peuvent en être, et ça ne veut pas forcément dire que la personne est restée bloquée 19 ans en arrière, ou qu’elle ressasse.
Et il y a aussi des personnes qui oublient leur propre date d’anniversaire, et c’est égal pour elles.
À chacun son mode d’emploi et ses repères.
L’idée est de rester conscient par rapport à cette notion : dans un processus de deuil, la première année est extrêmement sensible car il y a, entre autres, toutes ces premières fois.
Le premier 24 décembre sans elle.
Le premier 14 février sans lui.
Le premier anniversaire.
Les premières vacances à 3 au lieu de 4.
Et puis, finalement la date du décès ou la date à laquelle l’autre a quitté la maison.
« Il y a une année, à cette date-là, mon conjoint commençait sa chimiothérapie. Je n’oublierai jamais cette journée. »
Ces dates ne sont pas « rien », elles sont des marqueurs du temps, ce temps qui a pu être très blessant.
Osons les retenir, les célébrer si besoin, les considérer comme des moments importants, marquants.
